Educatrice spécialisée au SAVS de Chantelle

Qu’est-ce qu’un SAVS ?
SAVS signifie Service d’Accompagnement à la Vie Sociale. L’objectif est de maintenir ou recréer du lien social chez des individus souffrant de déficience intellectuelle, d’addiction ou tout simplement rencontrant des difficultés dans leur insertion.

Quelle sont les particularités du SAVS de Chantelle ?
L’Allier est découpée en quatre secteurs : Vichy, Moulins, Montluçon et le nôtre qui s’étend entre Montmarault, Tréban, Saint-Pourçain-sur-Sioule et Gannat. Nous sommes donc un secteur très rural. Seconde particularité : les SAVS s’adressent en général à des personnes vivant hors institution, nous intervenons à 90% à domicile.

Quel est le rôle d’une éducatrice spécialisée dans ce cadre précis ?
Il s’agit de concevoir avec chaque demandeur un projet personnalisé adapté à ses besoins et surtout à ses compétences. Nous ne faisons pas d’assistanat. Au contraire, l’objectif est vraiment de soutenir chacun pour le développement de ses capacités ou pour chercher ensemble des relais possibles.

Le spectre des demandes et des besoins est-il très large ?
Oui, très large ! Tout d’abord, il existe une grande diversité de problèmes médico-sociaux. Je prends en charge aussi bien des déficients intellectuels que des personnes souffrant de troubles psychiques ou bien d’addiction, ou tout simplement de difficultés à s’insérer socialement. Ensuite, les besoins sont tout aussi divers : certains ont des problématiques d’emploi, d’autres de logement, d’autres de socialisation. Cela va aussi dépendre de leur âge, les personnes de plus de 60 ans n’ont plus les mêmes besoins qu’à 18 ans. L’individualisation du projet s’impose d’elle-même.

Qui décide des objectifs à atteindre et des actions à mettre en place ?
Je pense qu’une grande partie de notre réussite tient au fait que les usagers viennent à nous dans une démarche volontariste. Lorsqu’ils nous sont adressés par la MDPH, nous nous rencontrons une première fois et nous entamons ensemble une réflexion sur un projet personnalisé qui va répondre à une problématique précise : par exemple trouver un ESAT ou changer de logement. Certains projets aboutissent en un an, pour d’autres il faudra plus longtemps. Il faut aussi bien expliquer à l’usager qu’un projet trop ambitieux pourra toujours être redéfini. Il est primordial de commencer par calmer certaines angoisses et de toujours rechercher son adhésion.

Nous savons que l’isolement est une menace en milieu rural, en particulier pour des personnes fragilisées. Comment parvenez-vous à recréer du lien ?
Nous organisons des sorties collectives certains vendredis après-midi. Nous formons les groupes en fonction d’affinités et de proximités géographiques pour déclencher des prises de contact ultérieures. Nous concevons aussi des sorties adaptées de façon à ce que les lieux puissent être réinvestis plus tard sans nous. Dans le cadre du SAVS renforcé, nous organisons des ateliers cuisine. 4 ou 5 personnes se retrouvent un après-midi par mois. Tout récemment, nous avons lancé un atelier communication pour échanger avec des SAVS et des Maisons Relais en France. De façon beaucoup plus pragmatique, nous pouvons aussi motiver les individus pour retourner faire leurs courses eux-mêmes.

Est-ce que l’intégration de ces personnes présentant des difficultés de tous ordres se fait facilement en milieu rural ?
Bien entendu, les facteurs environnementaux ne sont pas sans conséquences pour les personnes résidant en secteur très rural, cela est par contre moins vrai pour ceux qui sont à Gannat ou Saint-Pourçain. Mais nous travaillons quotidiennement à leur inclusion en les responsabilisant, notamment sur le civisme. Même si ce n’est pas toujours simple, les usagers sont socialement bien intégrés, et beaucoup d’entre eux participent à la vie associative (par exemple à Chantelle où plusieurs
font partie du comité des fêtes).

Comment parvenez-vous à lutter contre un éventuel isolement géographique ?
Effectivement, le milieu rural pose de ce point de vue une difficulté supplémentaire. La réponse se trouve dans la mobilité. Nous travaillons aussi sur ces questions en étudiant avec l’usager les solutions proposées par le Conseil Départemental, le T’Lib. En cas de besoin, nous pouvons aller jusqu’à accompagner un déménagement.