Éducatrice de prévention spécialisée

En quoi consiste votre travail ?
C’est d’abord un travail de rue. Je déambule à la rencontre des jeunes et j’essaye de nouer le contact pour déceler leurs difficultés et proposer mon aide. Nous finissons par bien nous connaître car cela fait plusieurs années que je suis sur le même secteur, en l’occurrence le sud de Moulins et les quartiers des Champins, Champmilan, Ilôt Thonier et Nomazy. Les plus grands me présentent aux petits ou aux nouveaux arrivants, si bien qu’ils finissent par venir naturellement vers moi
en cas de besoin. Nous avons aussi des permanences où nous pouvons discuter et proposer des activités qui ont un effet libératoire sur la parole. Vous ne pouvez pas imaginer comme les plus petits peuvent se dévoiler tout en jouant.

Il s’agit d’un public difficile, parfois délinquant, est-ce que votre présence est toujours la bienvenue ?
Nous savons aussi rester en retrait lorsque nous sentons une gêne, et il est vrai qu’une partie de ces jeunes a connu la prison. Mais dans la grande majorité des cas, oui, notre présence est la bienvenue. Notre particularité est d’agir sans mandat nominatif administratif ou judiciaire mais avec un mandat global de protection de l’enfance. Nous fonctionnons sur le principe de la libre adhésion et de l’anonymat (sauf lorsque la situation nous impose un signalement). Cette absence d’obligation ou de rapport d’autorité crée une véritable confiance chez les jeunes majeurs mais aussi chez les parents des jeunes mineurs à qui nous devons demander des autorisations pour véhiculer leurs enfants ou leur faire signer une convention de stage par exemple. Ils ont bien compris que nous étions là pour les aider. La réactivité et l’adaptation sont nos grandes forces, ainsi que des horaires tardifs : jusqu’à 20 heures et parfois 22 heures. A ces heures-là, les rapports sont
totalement différents.

Combien de jeunes suivez-vous ?
Dans notre mode de fonctionnement, nous n’établissons pas de dossier individuel, je ne peux donc pas vous donner de chiffre précis. Mais avec ma collègue (car nous sommes deux sur le secteur), nous sommes en lien avec environ 200 jeunes, dont une cinquantaine que nous pouvons considérer en accompagnement. Ce chiffre est en hausse en raison d’arrivées nombreuses l’an dernier.

D’où viennent ces nouveaux arrivants ?
Il y a deux causes majeures à ces arrivées : les événements de Calais qui ont dispersé des migrants dans
toute la France, mais aussi la situation à Mayotte. À Moulins, nous avons une forte communauté mahoraise qui attire des compatriotes car les conditions de vie se dégradent beaucoup là-bas. Tous ces jeunes sont livrés à eux-mêmes assez tôt. Culturellement, l’école n’est pas toujours une priorité et un garçon de 12 ans est déjà considéré comme un adulte. Pour les plus grands, l’enjeu est l’insertion, notamment professionnelle. Il faut à tout prix éviter le basculement dans la délinquance.