Infirmière au SAMSAH de Vichy

Quel est votre parcours médico-social ?
J’ai étudié la sociologie avant de suivre une formation en soins infirmiers. J’ai travaillé en maison de retraite puis en Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). C’est là que j’ai vraiment découvert le secteur médico-social. Comme ma collègue, je suis entrée au SAMSAH dès son ouverture en 2009.

On imagine que le métier d’infirmière en SAMSAH est très différent du métier en milieu hospitalier ?
Effectivement. Les soins se limitent éventuellement à la vaccination ou à une injection d’insuline exceptionnelle si elle n’a pas pu être faite par les infirmiers libéraux. L’essentiel de mes fonctions consiste à accompagner les personnes dans leur suivi médical, c’est-à-dire coordonner les soins mais aussi les amener ou les ramener vers le milieu médical.

Comment démarre la prise en charge ?
Tout d’abord, je prends connaissance des antécédents médicaux du patient. Parallèlement, j’entre en contact avec le médecin traitant pour bien définir le rôle de chacun. Le mien est de remettre de la cohérence dans un parcours de soins que le patient n’a pas été en mesure de poursuivre correctement en raison de problèmes sociaux.

Comment gérez-vous les deux aspects du métier : le médical et le social ?
Nous avons l’habitude de dire qu’une personne ne peut pas être coupée en deux socialement et médicalement. Les deux aspects de la prise en charge sont indissociables et, comme le souligne ma collègue éducatrice, il n’y a pas de priorité de l’un sur l’autre malgré nos différentes formations. Mais paradoxalement, il faut aussi que le rôle et les fonctions de chacun soient précisément identifiés par les patients car c’est ce qui va donner une cohérence à nos actions.

De quelle façon intervenez-vous sur le parcours de soins ?
J’assure une continuité entre les différentes étapes du soin et les différents professionnels : kinésithérapeutes infirmiers libéraux, médecins généralistes ou spécialistes, pharmaciens… Certains de nos patients peuvent être suivis par dix spécialistes. Il faut assurer les rendez-vous, s’assurer que les médicaments ont bien été délivrés par la pharmacie (au besoin aller les chercher), prévenir les infirmiers libéraux d’un changement de traitement… Tous les mardis matin, nous avons une réunion médicale qui nous permet de faire un point précis sur chaque patient.

Vous arrive-t-il de devoir relancer un parcours de soin totalement négligé par le patient ?
Il faut très fréquemment commencer tout simplement par ramener le patient vers le soin et remettre en route la prise en charge médicale. Pour diverses raisons, les personnes que nous suivons ont fait passer leur santé au second plan. Chez certains, cela va jusqu’au refus de soin catégorique.

Quelle est la bonne méthode pour leur faire réintégrer un suivi médical efficace ?
Il faut d’abord les écouter et instaurer la confiance, car en aucun cas nous ne devons ni ne pouvons les obliger à se soigner. Cette confiance s’obtient en grande partie grâce à une totale transparence sur nos prises de décision. Parallèlement, il faut les convaincre que leur corps et leur santé leur appartiennent. Ils doivent se réapproprier leur suivi médical.

Cela peut prendre du temps alors que la situation médicale exigerait une action immédiate ?
Bien entendu, mais il faut aussi tenir compte du caractère anxiogène de l’hôpital. Nous suivons en ce moment une personne qui aurait besoin de voir quatre spécialistes. Elle a mis trois mois à accepter de nouveaux rendez-vous. Nous devons respecter le refus de soin tout en tâchant de convaincre les patients de revenir vers la prise en charge. C’est un travail parfois fastidieux qui demande de la persévérance, mais qui finit par produire des résultats dès lors que la confiance s’est installée.